| Alpinisme | 14-02-2004 | Pyrénées | J.M.Robbez-Masson |
| Ascension duCanigou par les Conques (face sud-ouest) C'est donc l'époque de notre rendez-vous traditionnel avec sa Majesté le Pic du Canigou. Les conditions de neige sont décrites comme excellentes et je sais que le PGHM est toujours de bon conseil. Le versant nord-ouest est rarement fréquenté, l'itinéraire qui mène au sommet est d'une rectitude d'inspecteur des impôts, et c'est sans difficulté que nous nous trouvons 6, volontaires, pour aller lui rendre hommage. Départ du village de Vernet-les-Bains, le samedi en fin de matinée ; le sommet est déjà visible, quelque 2100 m plus haut. Histoire de s'entraîner, on remonte quelques centaines de mètres les dalles lisses du canyon du Saint-Vincent, ce qui vaut une baignade à l'un d'entre nous. Puis du bartasse (sinon on ne serait pas au CAF), et enfin un chemin qui serpente raide jusqu'à la neige dure, où nous chaussons les crampons. Les emplacements pour les tentes sont creusés sur une petite plate-forme vers 2100 m d'altitude, et c'est le moment de ramasser du bois et de "faire de l'eau" (eh oui, rien de liquide ici, hormis de l'eau-de-vie tchèque dont on reparlera). A la nuit, il faut se rendre à l'évience : jamais la plupart de nos réchauds - poussifs - n'accepteront de nous délivrer de l'eau à faire cuire des nouilles, et le feu de bois est dûment alimenté pour nous réchauffer le corps et l'esprit. Groupés autour de la flamme, on refait le monde en contemplant les étoiles et les lumières de la vallée, l'oeil tout également allumé par le Faugères et l'eau-de-vie tchèque - encore elle !). C'est après une nuit peu réparatrice - il a fait froid comme en hiver, en somme - que certains tentent de liquéfier leur lacets gelés pendant que d'autres dégourdissent leurs jointures endolories. Le sommet est encore si haut ! Tant bien que mal, on finit par se mettre en route vers la pente qui se creuse ... à propos, tout le monde sait enrayer sa propre chute sur neige dure !? ... ah ?? alors, je vous propose un petit exercice ... obligatoire : dans une belle pente raide, laissez-vous aller en glissade .. oui, çà accélère ... ne vous précipitez pas ... toujours sur le dos, attrapez votre piolet à deux mains, l'une serrant le manche, et l'autre la tête ... quand vous êtes prêt, les bras bien groupés, retournez-vous et plantez le piolet sous vous (pensez au demi des All Blacks que vous venez de plaquer de la sorte) ... les coudes bien en appui sur la neige, les pieds écartés trouvent immédiatement leur place et les pointes des crampons forment les deux derniers appuis qui vous arrêtent dignement. Facile ? oui et non. A seulement le regarder faire, on peut ensuite faire du chemin (je me rappelle une cafiste qui m'avait tellement bien vu le faire - sans vouloir le pratiquer elle-même - qu'elle avait poursuivi l'exercice jusqu'au lac, 550 m plus bas. Heureusement, elle n'avait mouillé ni son piolet, ni ses gants ou son bonnet, qui l'avaient attendu tout en haut de la pente). Donc on répète : obligatoire ! On le regarde, puis on le met en pratique. On peut maintenant aborder les pentes plus raides, et évidemment ... avec casque et cordes et vigilance : casque à cause que même quand y a pas de pierres et qu'on risquerait d'être ringard, on peut se faire mal en se cognant la tête par terre ou en recevant un petit morceau de glace - demandez autour de vous ; corde à cause que comme on s'est entraînés et que la neige est bien dure, alors on se sent solidaire de ses copains de cordée et qu'on fera tout pour les retenir ... vigilance à cause que comme on est déjà ringards (vous vous rappelez, on porte un casque !), on se fait pas d'illusion sur le regard que peuvent nous porter tou(te)s nos belles(beaux) admiratrices(teurs), et que du coup on n'a pas grand chose d'autre à faire que bien regarder ce qu'on fait - vous me suivez ? ... ah que ! Bref, tout çà pour vous dire qu'on est bien attentif et qu'il vaut mieux (pour les âmes sensibles, l'inclinaison des photos a été rectifiée ... on n'est pas là pour vous donner des cauchemars). Il en faudrait effectivement peu pour nous précipiter d'un coup, beaucoup plus bas que notre campement. Cela ne nous empêche pas de profiter du payage et du bon air, qui, autour de nous, ne manque pas. Après ces - modestes - pentes à 45 - 50 ° - l'arête du Quazémi est atteinte. On règle l'encordement et quelques minutes plus tard, le sommet nous accueille pour une pause, une photo de famille et la contemplation d'un immense panorama : les Ecrins comme une petite canine très loin au nord-est, la Méditerranée presque à nos pieds, la Sierra de Montserrat au sud-sud-ouest, et tout le plateau de Cerdagne à l'ouest. Sous nos pieds, Vernet-les-Bains, notre point de départ de la veille. Autour de nous, du vent, de la lumière, de la bonne humeur et de l'amitié (bon d'accord, il y a aussi l'odeur des chaussettes). Une redescente directe - face à la pente - nous dépose près de notre bivouac que nous chargeons, et c'est le retour pesant mais émerveillé vers la vallée, une bonne "mousse" ... et un bon lit. Pour les accros de la technique, cette face est de l'ordre d'un AD avec du rocher si on le cherche, et des couloirs à 45 ° en moyenne qui se redressent un peu vers le haut. Très accessible si la neige est bien dure. Encordement court, quelques coinceurs au cas où. Un seul piolet est suffisant. Nous n'avons pas vraiment rencontré de glace. Environ 2h30 du bivouac à 2100 m, jusqu'au sommet (2780 m). Le rocher de l'arête n'est pas exécrable (pris un à un, tous les cailloux sont très solides).. | |||